Les carnets entre deux rives

Une plume vagabonde en cavale

Le féminisme peut-il encore rassembler ?

Le féminisme est, par essence, un projet universaliste. Il vise l’égalité en droits et la liberté des femmes en tant qu’individus, quels que soient leurs origines, leurs croyances, leur milieu social ou leur orientation sexuelle. Or certains courants féministes contemporains s’éloignent de cet horizon en privilégiant des lectures identitaires du monde, centrées sur les rapports de domination.

Dans ces approches, les individus sont appréhendés à travers des catégories assignées, définies par leur place supposée dans une hiérarchie de dominants et de dominés. Le risque est double: fragmenter l’espace public en groupes concurrents et affaiblir l’idée d’un droit commun fondé sur l’égalité pour toutes et tous. Là où le féminisme d’hier visait l’émancipation, il peut aujourd’hui produire l’effet inverse: enfermer les personnes dans des identités figées de victimes ou de bourreaux, en oubliant qu’elles sont d’abord des sujets libres.

Cette évolution interroge particulièrement dans un pays comme la Suisse, conçue comme une Willensnation, fondée sur la volonté politique de vivre ensemble. Sa cohésion repose sur le compromis, la démocratie directe et le respect d’institutions communes, bien plus que sur l’affirmation d’identités particulières.

Certaines grilles de lecture contemporaines, façonnées dans d’autres contextes, s’inscrivent difficilement dans ce modèle et risquent d’affaiblir ce qui nous unit. Rappelons-nous que l’égalité n’est ni identitaire ni négociable: elle ne peut être qu’universelle.

Publié dans La Liberté, le 15 janvier 2026

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